Quand le numérique change notre rapport au livre…

19 04 2011

Intéressant billet de Jean-François Gayrard sur l’évolution du rapport au livre à l’ère du numérique, paru sur Comprendre le livre numérique :

« N’abandonnez pas vos bibliothèques sur le bord de la route

Dans le cadre de ma veille assidue sur le passage de l’édition imprimée à l’édition numérique, je ne néglige aucune piste de réflexions, surtout lorsqu’elles proviennent des lecteurs et ce dans le but de toujours mieux comprendre les réticences des uns et des autres dès lors que l’on aborde la question de la lecture numérique. C’est surtout le flot de préjugés sur le livre numérique qui m’interpelle. Ces préjugés, faut-il encore le rappeler, ont été bâtis sur des croyances colportées par la pensée collective qui ne sont pas des vérités absolues car ce n’est ni l’odeur, ni le touché sensuel du papier qui donnent de le valeur à un texte. J’aime lire un texte, écouter de la musique et regarder un film. Je n’aime pas acheter du papier, l’emballage en plastique d’un CD ou d’un DVD. Et de plus, je n’ai pas envie de m’emmerder à prendre ma voiture pour aller acheter des déchets dans des boutiques; déchets qu’il va falloir que l’on recycle pour se donner bonne conscience. Moi, pour me donner bonne conscience, j’évite de générer des déchets en consommant différemment. C’est tout de même étonnant que dans une société où l’on n’arrête pas de nous bassiner pour consommer responsable, on encourage la consommation de papier. Et quand bien même cette sur-consommation de papier ne perturbe pas l’éco-système de nos forêts (c’est l’industrie de l’ameublement qui est la plus néfaste), le gaspillage est une source de pollution énorme, le recyclage est une excuse politique, une source de pollution supplémentaire, mais certainement pas une réponse citoyenne et responsable à la surconsommation de déchets.

Ce qui m’interpelle, c’est de payer un juste prix pour un droit d’accés à un produit culturel et non de financer l’économie de l’emballage. Point.

Récemment, je suis tombé sur un billet qui, justement, mettait en évidence, un autre de ces préjugés. En voici l’extrait: « (le livre) c’est aussi un objet qui vient garnir les rayons de sa bibliothèque et la bibliothèque n’est rien de moins qu’une vitrine culturelle personnelle. Elle présente, à soi-même et aux amis de passage, une image de soi gratifiante, celle d’un individu cultivé. On fait visiter sa bibliothèque comme on fait visiter les pièces de la maison. » (lire le billet dans son intégralité)

Si un jour, vous passez par chez moi, je suis un peu embêté de vous l’avouer mais je ne vous donnerai pas de moi l’image de quelqu’un de cultivé car il n’y a pas de bibliothèque chez moi. Il n’y en a plus depuis maintenant 3 ans. Je n’ai pas plus de dévéthèque et encore moins de cédéthèque. Cela fait donc de moi un individu qui n’est pas cultivé. Cela n’a pas toujours été le cas et je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, de toutes façons, ne connaîtront pas. J’ai eu jusqu’à 350 DVD, plus d’un millier de CD et pratiquement une bibliothèque dans chaque pièce. À l’époque, j’étais vraiment très cultivé. Mais de tout ça, il ne reste plus rien. En fait si, il me reste l’essentiel: le savoir que j’ai pu accumuler, le plaisir que j’ai eu à écouter de la musique ou à regarder des films. Ce savoir et ce plaisir sont intacts, la seule différence, c’est qu’ils ne vous sauteront pas aux yeux quand vous viendrez chez moi. Rappelez-vous, je n’ai pas de bibliothèque, donc je ne suis pas un être cultivé.

J’ai pris la photo qui illustre ce billet au hasard de mes pérégrinations dans les rues de Montréal, deux jours à peine, après le lancement de l’iPad 1, il y a un peu plus d’un an. C’était une pure coïncidence, bien évidemment. Depuis, 100 millions de ebooks ont été téléchargés depuis l’iBookstore. Aujourd’hui, parce que je lis exclusivement en numérique livres et magazines,  je me rends compte à quel point mon rapport avec les textes est bien plus intime. Je fais exprès de vous parler de textes et non de livres. Je les transporte avec moi dans mon Kindle ou dans mon iPad. Tout en étant très discrets parce que dématérialisés, tout comme ma musique d’ailleurs, ils sont finalement bien plus présents que si je les avais constamment sous les yeux, bien rangés en forme de livre dans une bibliothèque. Et lorsque j’ai envie d’épater la galerie sur mes dernières lectures, je partage le savoir que j’ai emmagasiné dans mes neurones en lisant ces textes avec un ami et une connaissance, sans me sentir obligé de lui en mettre plein la vue avec une bibliothèque débordante de livres encombrants.

Jean-François Gayrard »

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