Retour d’expérience : La liseuse fait-elle de moi un nouveau lecteur ?

20 06 2011

Nous republions ici l’intéressant témoignage d’un  utilisateur de liseuse éléctronique, qui a décidé de partager son expérience via son blog. En espérant que cela puisse être utile à certains d’entre vous !

Heureux propriétaire d’une liseuse (je n’aime guère le mot ; j’aurais préféré que « livrel » s’impose…), je me suis demandé il y a peu ce que cet appareil, maintenant pleinement intégré dans mon quotidien, avait changé dans ma pratique très subjective de lecteur.

D’abord, les évidences : non, je n’achète pas moins de livres papier. Pour une raison très simple : dans 49 cas sur 50, le titre que je souhaite lire n’existe pas en version numérique. En revanche, il ne me viendrait plus à l’idée d’acheter en version imprimée un texte appartenant au domaine public.

Professionnellement : j’imprime beaucoup moins. Dès que j’ai affaire à un article de blog un peu long et ardu, à un mémoire, un rapport, je clique sur l’icône DotEpub et j’ajoute le texte à ma tablette.

Oui, je télécharge surtout des textes gratuits. En ceci je ne déroge pas à la tendance générale puisque, d’après cette étude, 75% des ebooks téléchargés en France sont des ebooks gratuits. Une liseuse est rentable au bout du téléchargement d’une trentaine de livres gratuits, si je me fie au coût moyen d’un classique en édition de poche.

La liseuse fut donc pour moi, dans un premier temps, une belle opportunité de lire une poignée de grands classiques que je m’étais promis de lire depuis plus ou moins longtemps, et l’occasion de découvrir, grâce à des sites comme la bibliothèque électronique de Lisieux ou les Miscellanées, plusieurs de ces “petits maîtres” injustement négligés par l’histoire littéraire officielle, et qu’un blog comme Le Cabine de Curiosités d’Eric Poindron, par exemple, donne régulièrement envie de découvrir (et Dieu sait pourtant si je suis, d’ordinaire, peu porté vers la littérature du XIXème siècle).

La liseuse eut aussi pour effet d’accroître considérablement ma consommation de textes courts, nouvelles ou brefs essais (télécharger un recueil mais ne lire qu’une ou deux nouvelles), et de me rendre encore plus curieux (d’abord par l’effet de nouveauté qui m’a conduit à télécharger des livres que je n’aurais pas forcément achetés en version imprimée, puis par l’habitude de télécharger les extraits gratuits de romans récents proposés par certains éditeurs. Et j’imagine sans peine l’intérêt d’un tel outil pour un acquéreur en bibliothèque…).

Oui, le prix me dissuade parfois de télécharger. Et c’est d’ailleurs paradoxal, car ce critère n’entre jamais en ligne de compte, sauf cas extrêmes, dans mon choix d’un livre imprimé. Alors que le consentement à payer – véritable prix de la culture – semble fixé par certaines enquêtes autour du tiers du prix d’un livre imprimé, le prix du livre numérique est souvent le même qu’un livre imprimé, voire supérieur s’il existe une édition de poche. Entre l’édition papier d’un recueil de Benjamin Fondane à 9€ sur un célèbre libraire en ligne et l’édition numérique du même titre à 29€, bloquée par des DRM qui m’empêcheront de surligner et de le transférer d’une machine à l’autre au gré de mes futurs changements de matériel informatique, mon choix est vite fait.

Oui, il m’arrive de « pirater » un livre. Cela reste cependant plutôt rare, les textes disponibles en piratage étant peu ou prou les mêmes que ceux disponibles légalement. N’attendez pas de moi des liens : il ne faut pas plus de cinq minutes à l’internaute un peu débrouillard pour télécharger en epub le dernier Guillaume Musso ou la série des Nicolas Le Floch de Jean-François Parot, le tout sans DRM. Les lecteurs boulimiques de SF et de littérature sentimentale trouveront de quoi se sustenter pendant de nombreux mois. Bien sûr, pour télécharger illégalement Guy Dupré ou William Gaddis, c’est une autre paire de manches ; les amateurs de littérature moins « mainstream » devront encore attendre longtemps avant de pouvoir pirater leurs auteurs favoris.

Oui, je deviens (un peu) éditeur. Avec le livre numérique, la frontière entre lecteur et éditeur s’estompe, je l’expérimente à mon modeste niveau. 

Pour étoffer l’offre libre de droits, d’abord. Les principaux sites proposant en epub des textes du domaine public (Ebooks gratuits, projet Gutenberg, Manybooks, Feedbooks) en donnent pour tous les goûts, avec une qualité de fichiers cependant inégale et quelques lacunes surprenantes. Un deuxième vivier, indirect, est constitué par les bibliothèque numériques en format html : Wikisource, Bibliothèque de Lisieux, l’ABU… L’offre élargit alors considérablement celle des sites sus-mentionnés, mais il reste à convertir les fichiers html en fichiers epub, voire opérer un mini-travail éditorial. Ma technique est alors la suivante : d’abord, je génère à la volée un epub avec le plugin Dotepub, en un clic. Le résultat est moche mais suffisant pour lire les premières pages avant de décider si je souhaite lire le texte en entier. J’ai créé à cet effet un dossier “Extraits” dans ma liseuse (qui contient également les extraits gratuits des parutions récentes). Si le texte me plaît, j’utilise alors d’autres outils pour créer un epub digne de ce nom : Calibre et Sigil ou bien Feedbooks.

A côté de son catalogue de livres numériques, Feedbooks propose en effet un éditeur de livres numériques simple et performant. Il gère couverture, notes de bas de page et sommaire dynamique, mais ne permet pas d’intervenir sur la structure du livre (intitulés des parties et chapitres). Il présente l’énorme avantage de proposer une plateforme gratuite d’hébergement des fichiers ainsi créés, afin d’en faire profiter toute la communauté. J’ai moi-même fait l’expérience avec quelques textes courts récupérés sur Wikisource, comme Les Derniers Jours d’Emmanuel Kant, de Thomas de Quincey, ou Le Bal du comte d’Orgel de Radiguet : la réalisation de l’epub prend quelques minutes et la mise en ligne, après vérification du fichier par l’équipe de Feedbooks, intervient un jour ou une semaine après.

Pour corriger, pour customiser : Le psychorigide de l’orthographe que je suis, allant parfois jusqu’à corriger au crayon une faute dans un livre imprimé (je sais, c’est absurde), pourrait désormais pousser le vice jusqu’à corriger une coquille directement dans le fichier epub. Sans m’étendre davantage sur mes propres TOC, il n’est pas rare de trouver sur les forums “pirates” des versions corrigées et améliorées des fichiers epub commercialisés par certains éditeurs truffés de coquilles ou de problèmes divers (métadonnées défectueuses, espaces insécables mal gérés, etc.). Non que je considère comme normal que ce soit au lecteur de faire ce travail ! Je corrige aussi systématiquement les fichiers téléchargés sur le Projet Gutenberg (ajout d’une couverture, d’un vrai titre de fichier, de métadatas propres, suppression de la vingtaine de pages sur les conditions de réutilisation, etc.).

Pour conserver des textes épuisés : quel amateur éclairé, quel enseignant-chercheur en littérature n’a pas sa petite liste de livres épuisés, qu’il recherche assidûment chez les bouquinistes et sur les sites spécialisés ? Au titre de la copie privée, il m’est arrivé parfois de photocopier l’exemplaire conservé par la bibliothèque d’un livre que je cherchais désespérément sur Priceminister ou Livre-rare-book. Mais qui a envie de lire un livre sur des photocopies ? Avec la bonne méthodologie et de bons outils logiciels, transformer le tout en un beau livre numérique vraiment adapté à la lecture demande aujourd’hui peu de temps et de compétences.

Redécouvrez cet article directement sur le blog de l’intéressé, Lirographe !

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