Abandon des DRM : petit à petit…

30 04 2012

S’ils restent appliqués à la majorité des ebooks payants à l’heure actuelle, dans une velléité de protection contre le piratage, les DRM ne font pas moins l’objet de critiques puissantes et grandissantes.

L’actualité récente en a encore montré plusieurs exemples, et, fait notable, provenant d’éditeurs.

Il y a quelques semaines, J.K. Rowling ouvrait son très attendu site Pottermore, destiné à commercialiser les Harry Potter en version numérique, sans DRM, avec un simple watermarking des fichiers (voir notre glossaire si vous n’êtes pas à l’aise avec ces termes !). Fait intéressant : si les livres ont très rapidement fait leur apparition sur des réseaux de piratage, ils en ont aussi vite disparu, et pas par l’intervention de Pottermore mais par une auto-régulation de la communauté de « pirates » qui ont sans doute ainsi voulu saluer l’initiative de Rowlings. Voilà qui devrait être de nature à rassurer les éditeurs encore soucieux de l’avenir de leurs livres non-protégés.

 

Plus récemment encore, un éditeur traditionnel de plus a renoncé à protéger ses ouvrages numériques par DRM : l’éditeur américain de SF et fantasy Tor/Forge. « Nos auteurs et les lecteurs demandent cela depuis un long moment. Ils représentent un groupe techniquement informé et les DRM sont un problème constant pour eux. Ils les empêchent d’utiliser légitimement les livres numériques achetés dans un cadre parfaitement légal, comme les déplacer d’un lecteur ebook à un autre », explique Tom Doherty, le président de cette maison d’édition.

Un autre éditeur avoue même, mais de façon anonyme, pirater les livres qu’il a achetés pour pouvoir les utiliser en toute liberté.

De quoi démotiver les troupes chez les fabricants de DRM ? Depuis l’annonce de l’arrivée du format Epub3 en octobre dernier, Adobe (dont les logiciels sont utilisés par une grande partie des maisons d’édition) n’a pas encore adapté ses outils de protection au nouveau format. Tout en promettant de le faire à terme.

 

Pour information, le 4 mai prochain, aura lieu la journée internationale contre les DRM. Pour en savoir plus, et qui sait, participer ? C’est ici.





De l’état de l’offre de livres numériques en France

2 06 2011

Le MOTiF vient de publier une version réactualisée de son Tableau de bord sur l’offre légale et illégale de livres numériques en France. Voici donc quelques chiffres tout frais !

Selon le Syndicat national de l’édition, la vente de livres numériques aurait représenté environ 1,5 % du chiffre d’affaires de l’édition en France en 2010, contre environ 1 % en 2009 et 0,1 % en 2008. Une progression encourageante, même si encore éloignée des rythmes frénétiques atteints aux États-Unis (plus de 200% d’augmentation entre février 2010 et février 2011, pour atteindre aujourd’hui de 8 à 10% du chiffres d’affaires du secteur du livre).

Cette croissance est notamment alimentée par celle du catalogue disponible, qui s’est enrichi de 10 000 titres supplémentaires cette année et en possède maintenant 80 000, soit 15% du catalogue papier total. Cette croissance est essentiellement due à l’effort de numérisation des titres existants entrepris par les maisons d’édition, et seulement dans une moindre mesure au développement d’une offre numérique spécifique. 35,3% des best-sellers papier sont désormais disponibles légalement au téléchargement.

Le nombre de librairies en lignes continue également à augmenter régulièrement. On en dénombre aujourd’hui une petite cinquantaine.

Ces librairies ont des profils très divers, allant des « pure-players » (comme nous !) aux éditeurs papier en passant par des enseignes de la grande distribution, culturelle (Fnac) ou non (Boulanger, Darty…).

On y vend essentiellement les livres numériques « à la pièce », pour un prix moyen de 12,20€ (soit 21,3% de moins que le prix moyen d’un livre papier), très peu à l’abonnement. Les livres vendus sont essentiellement aux formats PDF (jusqu’à 95% des fichiers d’une librairie, chez Didactibook par exemple, 90% chez Immatériel, 75% chez fnac.com…) et ePub (10 000 à 12 000 titres sont actuellement disponibles dans ce format, sur les 80 000 du catalogue numérique français). 75% des librairies en ligne continuent à proposer des livres numériques sous « verrou numérique » (DRM).

En matière de fonctionnalités, elles restent encore assez simples. En plus de la visualisation de la couverture et des informations essentielles autour du livre, elles proposent pour l’essentiel (plus des deux-tiers) la consultation d’extraits ou le feuilletage en ligne (voire les deux, dans 50% des cas). 39% permettent également le dépôt d’avis ou de commentaires sur les livres. Seulement 24% permettent de partager l’information sur le livre vers les réseaux sociaux, et 17% de recommander un livre à un ami par email. Seules 4% des e-librairies cumulent ces trois dernières fonctionnalités. 34% en revanche, n’en proposent aucune des trois.

L’offre illégale de livres numériques continue également de se développer en parallèle, répartie entre des gros agrégateurs généralistes (proposant aussi musiques, vidéos, jeux…) et des plateformes spécialisées dans le livre numérique. Mais plutôt faiblement comparé à l’offre légale : si un nombre équivalent de best-sellers sont disponibles en offre légale (35,3%) et illégale (36%), l’année dernière ces chiffres étaient respectivement de 17,3% et 27,9%. Et c’est essentiellement aux best-sellers que s’attaquent les pirates du livre numérique. De quoi faire relativiser…

L’étude intégrale du MOTiF est accessible ici.





Le piratage de livres numériques, coûts et solutions

20 04 2011

Si la loi sur le Prix Unique du Livre Numérique qui doit être examinée en commission paritaire le 12 mai prochain, semble faire converger l’industrie autour d’un système tarifaire de revente de livres numériques, la convergence semble beaucoup plus lointaine sur un autre dossier crucial pour le développement du livre numérique : la protection des œuvres par DRM (voir notre glossaire pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce terme !).

Au nom de la lutte contre le piratage, l’essentiel des livres numériques actuellement disponibles sur le marché sont en effet protégés par des DRM, malgré les évidents désagréments qu’entraînent ceux-ci, à la fois pour le consommateur, c’est bien connu (on se souvient de l’incendiaire article de Korben sur son expérience d’achat d’ebooks sous DRM auprès de la Fnac, fin janvier), et pour les libraires – et là, ça l’est déjà beaucoup moins.

Citant Eric Falconnier, Charles Kermarrec, de la librairie Dialogues, rappelle ce point dans son billet publié le 5 avril dernier :

« Les offres de livres électroniques des 3 « grands », Amazon, Apple et Google, sont des solutions complètes permettant de contrôler le piratage des œuvres sans en entraver la lecture, pour peu que l’on reste à l’intérieur de chacun de ces écosystèmes. […]
Face à ces offres abouties ou sur le point de l’être, il existe une autre chaîne de distribution, en place depuis quelque temps, et la seule qui soit pour le moment accessible aux libraires : on synchronise le catalogue d’un ou plusieurs fournisseurs, puis, au passage de la commande, on demande un lien au fournisseur que l’on fournit au client pour qu’il puisse accéder à son livre. Notre rôle se limite donc à faire en sorte que le client puisse facilement retrouver ses achats de livres électroniques et télécharger un nouveau lien si possible.

Quand les 3 plateformes qui se mettent en place permettent la récupération d’une bibliothèque virtuelle sur une large gamme d’appareils et la lecture, nous proposons du SAV. D’un côté lecture immédiate, de l’autre puzzle informatique et relation conflictuelle avec un vendeur qui essaie de comprendre dans quel état se trouve l’ordinateur de son client. D’un côté un processus totalement automatisé, de l’autre un poste de coût incroyablement élevé rognant sur des marges ayant été réduites pour de mauvaises raisons. La cause principale de cette expérience désastreuse pour nos clients est le verrouillage des livres vendus par les DRM Adobe rendant quasiment impossible au néophyte la lecture de livres électroniques. »

 Et imposant en conséquence au libraire d’adopter une casquette d’informaticien de dépannage, en charge d’identifier et de résoudre les problèmes rencontrés par ses clients. Ce qui peut prendre un temps potentiellement infini, et représente donc une charge financière considérable…

Il est assez intéressant de voir que ces DRM coûtent en fait également extrêmement cher aux éditeurs qui les mettent en place. Ils s’accompagnent en effet le plus souvent d’une onéreuse solution de surveillance de fichiers. La première année d’utilisation de la solution de surveillance Attributor aurait ainsi coûté à Hachette Livre entre 100 000€ et 125 000€. Mettre en place et faire tourner ces systèmes de lutte contre le piratage demande également des investissements en ressources humaines supplémentaires et spécialisées de la part des éditeurs. Enfin, des frais de justice potentiellement importants sont à prévoir pour les cas où les sites de partage refuseraient de retirer les fichiers incriminés de leur système.

 






Difficile pour autant d’abandonner toute protection des livres et de s’en remettre uniquement à la responsabilité de l’acheteur. La culture de la gratuité qui règne sur Internet semble en effet faire oublier à beaucoup que toute œuvre de l’esprit demande à son créateur du temps, et un investissement personnel, méritant rémunération… Ce qui est d’autant plus vrai pour les auteurs, qu’ils ne peuvent même pas, comme dans le monde de la musique, espérer utiliser leur livre comme produit d’appel gratuit pour générer de l’argent par d’autres moyens…

Certains éditeurs – essentiellement les éditeurs 100% numériques, comme Numériklivres, Publie.net ou Chemins de tr@verse :-), mais pas seulement ! – choisissent de ne pas rentrer dans ce cercle vicieux des DRM et de chercher d’autres moyens d’assurer la protection de leurs livres. Il existe en effet d’autres solutions ! D’une efficacité technique clairement discutable (mais les DRM ne constituent pas non plus une barrière infranchissable pour qui veut pirater un livre, loin s’en faut !), mais qui misent plutôt sur des ressorts psychologiques.

La solution la plus simple, et sans doute la plus répandue, est l’utilisation dans les fichiers de tatouages numériques (voir notre glossaire pour en savoir plus !) au nom de l’acheteur pour l’inciter à se comporter de manière responsable avec son livre – son nom y étant attaché.

Mais d’autres expériences se font également dans des directions plus originales. Ken Akamatsu, par exemple, a ainsi imaginé un outil permettant de légaliser a posteriori un manga numérique piraté. En permettant au manga d’être lu gratuitement dans une interface (J-Comi) affichant de la publicité dont les revenus sont intégralement reversés à l’auteur du manga, il propose une solution qui à la fois, génère des revenus pour l’auteur et donc « commercialise » son livre, et reste gratuite pour l’utilisateur qui ne veut pas acheter le fichier.

Une initiative discutable, dans sa philosophie et dans son application, bien sûr. Mais qui mérite tout de même réflexion. Le 4 mai prochain aura lieu une journée mondiale contre les DRM (plus d’informations ici pour ceux que cela intéresse – en anglais cependant !). Espérons que ce sera l’occasion d’entendre parler de plus d’initiatives similaires, et d’essayer d’avancer vers un système de protection des livres numériques plus convainquant que les actuels DRM…





Et si demain, on ne parlait plus de piratage mais de prêt ?…

16 02 2011

Avec l’essor du livre numérique, la question du piratage des ouvrages ne cesse de revenir sur le devant de la scène, que ce soit pour débattre de la numérisation des livres en général, ou de l’application de DRM, etc. Certains, dont l’auteur Neil Gaiman, se posent la question encore différemment : et s’il ne s’agissait que d’une variante moderne et plus vaste du prêt de ses livres préférés ?

Découvrez dans cette vidéo l’expérience de Neil Gaiman, qui a mis en téléchargement gratuit son dernier ouvrage en Russie, et a vu les ventes de cet ouvrage augmenter (vidéo en anglais).








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